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Akilee doit verser 300 millions à Senelec (Habib Haïdara)

Chef d’agence à Senelec et secrétaire général du Syndicat Unique des Travailleurs de l’Electricité (Sutelec), Habib Haidara estime que la rupture du contrat entre Senelec et Akilee relève du bon sens. Il laisse à l’autorité le soin de situer plus amplement les responsabilités, et de couper des têtes si besoin est. 

Par Mohamed NDJIM

Quelle lecture faites-vous de la rupture du contrat entre Senelec et Akilee ?

Senelec a déjà servi la résiliation à Akilee. Je pense que c’est tout à fait normal. Le président de la République a déjà pris la décision, donc il était normal que Senelec puisse formaliser la rupture parce que le contrat ne peut pas prospérer. C’est ce qui a été fait. Et je pense que c’est ce qui a poussé Akilee à aller dans la presse par anticipation pour dire qu’ils ont bloqué les comptes de Senelec.

Pourquoi les comptes de Senelec ont-ils été bloqués par Akilee ?

Vous savez dans cette histoire aussi il faut faire la part des choses. Aujourd’hui Akilee doit de l’argent à Senelec. Parce que dans le contrat pour l’approvisionnement en compteurs, Senelec avait fait un acompte de deux milliards neuf cent millions à Akilee qui devait livrer à Senelec environ 151000 compteurs. A ce jour il n’y a que 2000 compteurs qui sont livrés.  Sur le contrat Senelec a déjà versé de l’argent à Akilee qui devait respecter sa part de marché et qui ne l’a pas respecté. Donc aujourd’hui cet argent là doit être restitué à Senelec. Par contre il  y a un autre contrat qui ne relève pas de l’approvisionnement en compteurs. Cet accord porte sur la distribution, sur ce qu’on appelle le projet Smart Sen. Dans ce contrat là Senelec devrait, après l’approvisionnement des compteurs et la pose, payer à Akilee deux milliards six cent millions. Faites le calcul. On leur doit deux milliards six cent millions et eux ils nous doivent deux milliards neuf cent millions. Donc qui doit à l’autre ? Vous voyez bien qu’ils nous doivent trois cent millions. Senelec n’est pas à cours d’argent au point de ne pas pouvoir payer Akilee. Le problème qui se pose aujourd’hui c’est que Akilee est défaillant sur un aspect, sur le contrat Ami ; donc Senelec a fait exprès de bloquer le paiement sur l’autre contrat.

Le caractère déséquilibré du contrat qui liait Senelec à Akilee est reconnu par l’autorité. Peut-on situer les responsabilités ?

Les responsabilités doivent être situées parce que c’est une direction générale avec un directeur général et ses collaborateurs, les différents directeurs, qui ont eu à donner des avis techniques. Ils doivent répondre de ces irrégularités. Aujourd’hui il y a des actes de gestion qui ont été posés, Senelec a été lésé, les clients ont été lésés, l’Etat du Sénégal a été lésé. Nous pensons que si c’est fait de bonne foi les autorités prendront leurs responsabilités pour voir quelle est la suite à donner. Mais s’ils sont de mauvaise foi dans cette affaire, je pense qu’il doit y avoir des sanctions.

Il est reproché à la nouvelle direction d’avoir court-circuité Akilee pour enrichir des Israéliens et des Chinois…

Ce qu’il faut préciser c’est que les compteurs qui ont été commandés au niveau des Israéliens ne relèvent pas d’un contrat longue durée. Senelec allait vers une rupture de compteurs par rapport à la suspension du contrat avec Akilee. Pour éviter d’avoir une rupture de compteurs, Senelec a demandé l’autorisation de l’Armp pour faire un gré à gré. Il y a des gré à gré qui sont légaux, il y a des gré qui ne sont pas légaux. Cette entente directe est légale, autorisée par l’Armp et porte juste sur une commande de 45 000 compteurs donc il n’y a pas de contrat. On a commandé, ils nous ont livré les 45000 compteurs et ca s’en est arrêté là. Parallèlement Senelec  a lancé un appel d’offres international pour l’acquisition de 400 000  compteurs. Donc aujourd’hui on a pas arrêté le contrat de Akilee pour le donner à Kaifa ou pour le donner à une autre structure. Tous les approvisionnements de compteurs vont faire l’objet d’un appel d’offres. Nous en tant que syndicalistes on s’est battu pour que le contrat avec Akilee soit cassé car il n’avait pas obéi à un appel d’offres. On ne va pas non plus accepter l’approvisionnement de compteurs à une autre structure sans appels d’offres. Il va falloir que les gens puissent respecter le code des marchés. Maintenant ce qu’il faut retenir aussi dans le contrat qui a conduit à ce que Akilee demande à ce que  les comptes de Senelec soient bloqués il y a ce qu’on appelle le Smart Sen qui a deux volets. Le premier volet c’était l’acquisition et la pose de compteurs intelligents dans les différents postes de Senelec. Le deuxième volet de ce contrat qui n’est pas encore signé c’était l’exploitation de ces compteurs là. Senelec a dit qu’elle a suffisamment de ressources et  de compétences pour pouvoir gérer l’exploitation de  ces compteurs. Donc aujourd’hui Akilee doit se limiter juste à fournir à Senelec et à les poser. Et Senelec prendra la charge d’exploiter ces compteurs là avec ses propres agents qui peuvent bien le faire. Maintenant, sur les nouveaux compteurs, on avait déjà un contrat avec Kaifa qui gère les compteurs intelligents. On a demandé à Kaifa de voir si elle peut nous faire une offre qui nous permet de prendre tous les types compteurs parce qu’on ne peut pas à chaque fois qu’on acquière de nouveaux compteurs développer un système logiciel pour le gérer. On veut demander à Kaifa de faire de sorte que sa plateforme puisse prendre tous les compteurs. Et ça c’est une offre qu’ils sont en train de nous faire qu’on va étudier. Parce que nous avons déjà avec eux un contrat. Donc cela a l’air d’être un avenant à un contrat qui est déjà signé qui va étendre la plateforme de Kaifa aux autres types de compteurs.

Est-ce que la rupture du contrat avec Akilee ne pourrait pas engendrer des pénalités financières lourdes de conséquences devant un tribunal arbitral ?

Non justement… parce que Senelec a une direction juridique, a une cellule de passation des marchés, Senelec a des avocats. Aujourd’hui je pense que Senelec doit pouvoir prendre toutes les dispositions pour que le service public de l’électricité ne soit pas menacé. Je ne pense pas que la direction générale de Senelec soit aussi légère pour pouvoir s’engager dans une bataille juridique qui va mettre en péril l’organisation de Senelec et sa pérennité.

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