Urgences économiques : Le Sénégal en phase d’ajustement structurel

Le Sénégal est retourné à l’ajustement structurel, la politique économique et financière imposée dans les années 80 et 90 à plusieurs pays par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) pour rétablir l’équilibre de leurs finances publiques et réguler leur économie, a reconnu le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lo, mardi, à Dakar.

‘’Nous sommes dans l’ajustement structurel […] Nous avons mis fin à énormément de projets’’, a soutenu M. Lo en présentant à l’Assemblée nationale la politique du gouvernement pour les prochaines années.

‘’Nous sommes actuellement dans l’ajustement structurel’’, a insisté M. Lo après avoir présenté aux députés un état des lieux très alarmant des finances publiques du pays.

Le Premier ministre est d’avis que ‘’s’endetter dans sa propre monnaie’’, comme le fait le Sénégal, est une solution qui comporte des ‘’limites’’.

‘’Ce sont les limites de notre épargne. Nous n’avons pas une bonne épargne, a soutenu le Premier ministre. Tout le monde réclame des infrastructures sanitaires, par exemple. Ce que nous avons comme épargne n’est pas assez suffisant pour nos investissements. Nous sommes obligés d’aller chercher à l’étranger ce qu’il nous faut pour investir : plusieurs centaines de milliards.’’

D’après Ahmadou Al Aminou Lo, les transferts des Sénégalais vivant  l’étranger à leurs proches s’élevaient à 2 642 milliards de francs CFA en 2025. ‘’Mais 80 % de ce montant est allé aux dépenses courantes’’, a-t-il ajouté pour montrer à quel point il reste beaucoup de choses à faire par les pouvoirs publics sénégalais.

‘’Il y a des chiffres dont je n’ose pas parler’’

‘’L’endossement au financement endogène est confronté aux limites de l’épargne nationale […] Le financement endogène, il faut y aller avec réalisme. Nous y arriverons lorsque nous aurons accumulé beaucoup de richesses pour épargner’’, a soutenu M. Lo, économiste de formation et ancien direction national au Sénégal de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest.

Le Sénégal ne peut pas, à cause de ses difficultés économiques, vivre en autarcie, selon le Premier ministre. ‘’L’autarcie, c’est impossible. Nous avons besoin des partenaires étrangers’’, a-t-il soutenu, ajoutant : ‘’L’arbitrage, la solution, c’est d’avoir un cadre macroéconomique attractif. Nous devons revoir notre cadre macroéconomique.’’

Il a fustigé ‘’la mauvaise conception qu’on a de cette institution’’, le Fonds monétaire international.

‘’Le FMI, c’est pour nous’’, a argué Ahmadou Al Aminou Lo.

‘’Nous entrons dans un cycle bien connu au Sénégal’’, a-t-il dit, ajoutant, en wolof : ‘’Nous avons plusieurs dettes à payer. Si certains partenaires demandent à être payés, nous nous retournons vers les autres pour trouver de quoi payer. Si vous le faites, plus personne ne vous fait confiance.’’

Le Premier ministre déclare que ‘’la valeur de nos obligations sur les marchés financiers a baissé de moitié’’. ‘’Malheureusement, la règlementation nous interdit de sortir du champ des capitaux. Ce qui avait une valeur de 100 est réduit à 50. Voilà la réalité de ce pays.’’

Une ‘’perspective négative’’

‘’Il y a des chiffres dont je n’ose pas parler. Aujourd’hui, pour nous endetter pour une durée de deux ans, le marché secondaire nous coûte 60 % de taux d’intérêt. Je n’ai pas dit 6 %. Notre risque d’endettement pour deux ans est à 60 % […] Nos obligations ne valent pas grand-chose sur le marché international’’, s’est alarmé M. Lo devant les députés.

La note de crédit du Sénégal en devises étrangères a été réduite à CC et celle en monnaie locale à CCC en raison du ‘’plan de restructuration de la dette’’ du pays avec le Fonds monétaire international, a déclaré l’agence de notation Standard & Poor’s, vendredi 4 septembre.

Elle a réduit cette note quelques après que le gouvernement sénégalais et le FMI sont parvenus à un accord ouvrant la voie à un programme économique et financier de 2,2 milliards de dollars américains, environ 1 240 milliards de francs CFA.

Ce programme est destiné à redresser les finances publiques et à relancer l’économie du Sénégal.

L’accord conclu avec le FMI ‘’vise à restructurer la dette en devises du Sénégal, tout en prévoyant d’exclure la dette libellée en monnaie locale (franc CFA) de ce processus de restructuration’’, affirme Standard & Poor’s.

Une autre agence de notation américaine, Moody’s, a également réduit la note souveraine du Sénégal de Caa1 à Caa2. Elle signale ‘’une perspective négative’’ pour la situation financière du pays.

APS

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