Le Sénégal fait face à l’un des plus importants cas de misreporting (déclarations erronées) de dette publique jamais recensés en Afrique. Selon les estimations les plus récentes du Fonds monétaire international, le montant de la dette non déclarée sous l’administration précédente dépasse 11 milliards de dollars, soit plus de 6 600 milliards de francs CFA (sur la base des données fin 2023).
Les chiffres-clés
- Cour des comptes (février 2025) : dette publique révisée de 74,4 % à 99,7 % du PIB fin 2023, soit un encours de 18 559 milliards de FCFA. L’écart d’environ 25 points de PIB correspondait alors à près de 4 200 à 4 500 milliards de FCFA (environ 7 milliards de dollars).
- Réconciliation Forvis Mazars : dette de l’administration centrale portée à 111 % du PIB fin 2023, puis 118,8 % fin 2024.
- Estimation FMI actualisée : misreporting de plus de 11 milliards de dollars (plus de 6 600 milliards de FCFA). Certains analystes et S&P avancent un chiffre proche de 13 milliards de dollars.
- Dette publique totale (périmètre large) : 132 % du PIB fin 2024, soit plus de 26 000 milliards de FCFA selon les consolidations du FMI.
Ces passifs non déclarés, accumulés principalement entre 2019 et 2024, incluent des emprunts bancaires locaux, des décaissements externes non retracés et des engagements hors bilan. Ils ont permis de présenter artificiellement un endettement plus faible et d’accéder à des financements à des conditions plus favorables.
Perspectives
Le 1er septembre 2026, le FMI et le Sénégal ont conclu un accord au niveau des services pour un programme de 2,2 milliards de dollars sur trois ans. Cet accord, soumis à l’approbation du conseil d’administration, exige des mesures correctrices fortes et un traitement de la dette pour rétablir sa viabilité. Le service de la dette pèse déjà lourdement (environ 5 500 milliards de FCFA en 2026).
La transparence retrouvée marque un tournant, mais le fardeau de ces plus de 6 600 milliards de FCFA de dette non déclarée continuera de conditionner les marges budgétaires du pays pendant plusieurs années.
Mohamed NDJIM