Le film documentaire « De la prison au palais », réalisé par Abdou Karim Ndoye, qui retrace l’accession du président Bassirou Diomaye Faye au pouvoir, est devenu le point de mire d’une vive polémique. La projection de l’œuvre vendredi dernier, en présence du président de la République, suscite un courroux manifeste au sein de la base militante d’Ousmane Sonko, leader du parti dissous Pastef et non moins Premier ministre.
« INSUFFISANCES NARRATIVES »
Les militants pro-Sonko dénoncent une falsification de l’histoire et des insuffisances narratives qui altèreraient la vérité des faits. Leur grief central porte sur la relégation d’Ousmane Sonko au second plan. Selon ces voix critiques, le documentaire, en se concentrant principalement sur la figure du président Faye, occulte ou minimise le rôle fondamental de Sonko. Ce dernier était non seulement le leader historique du mouvement, le candidat initial dont la candidature a été invalidée, mais surtout celui qui a opéré le choix stratégique de la désignation de Bassirou Diomaye Faye, un acte politique majeur sans lequel la victoire n’aurait pu être possible. Les critiques estiment que le film ne rend pas justice au capital politique et aux sacrifices personnels de Ousmane Sonko, qui fut le véritable catalyseur de l’énergie populaire ayant conduit à l’alternance. L’accent mis sur le récit personnel de Diomaye Faye est perçu comme une tentative de réécriture de l’histoire collective au profit d’une seule personnalité.
BDF : « LE FILM EST INTITULÉ « DE LA PRISON AU PALAIS » MAIS IL NE RACONTE PAS À PROPREMENT PARLER L’HISTOIRE D’UN HOMME… »
Au sortir de la projection du film, le président Diomaye a livré ses impressions. Il a rendu hommage au réalisateur qui selon lui, a fait preuve d’une grande créativité artistique et d’un engagement particulier « pour que cette partie de la mémoire de notre histoire politique puisse être préservée ». Il n’a pas manqué d’exprimer plus en profondeur son ressenti. « Nous savons d’où nous venons, nous savons par où nous sommes passés et nous savons où est ce que nous voulons amener ce pays. Le film est intitulé « De la prison au palais » mais il ne raconte pas à proprement parler l’histoire d’un homme. Il raconte l’histoire d’un projet politique qui a été porté par des femmes et des hommes de valeur qui ont fait preuve d’engagement, de courage, de témérité et d’abnégation et surtout d’un patriotisme allant jusqu’au sens du sacrifice pour que ce pays se relève, pour que les valeurs de liberté, de démocratie soient préservées et que les aspirations du peuple sénégalais soient portées à la hauteur de leurs espérances et de leurs attentes » assure Bassirou Diomaye Faye.
DÉPUTÉE AWA SY : « C’EST UNE FAÇON COMMODE DE RÉÉCRIRE L’HISTOIRE »
Pour la députée Pastef Awa Sy, « dire que ce film ne raconte pas l’histoire d’un homme mais seulement celle d’un projet est une façon commode de réécrire l’histoire ». La parlementaire estime qu’il faut rendre à Sonko ce qui appartient à Sonko. « Ousmane Sonko n’est pas un détail dans cette histoire, il en est le déclencheur, le socle et le moteur. C’est lui qui a porté le discours quand personne n’osait parler, c’est lui qui a assumé la prison, les persécutions, les exclusions et la diabolisation, pendant que d’autres observaient. Le chemin « de la prison au palais » n’est pas une abstraction : il a été tracé par Sonko au prix de sa liberté et de sa carrière personnelle » assure-t-elle. Awa Sy ajoute, dans le même ordre d’idées, que sans Sonko, il n’y aurait ni conscience populaire éveillée, ni mobilisation massive, ni rupture crédible. Le projet, dit-elle, n’aurait jamais pris corps sans l’homme qui l’a incarné jusqu’au bout, parfois seul, souvent attaqué, mais toujours debout. « Reconnaître le projet est juste. Effacer l’homme qui l’a porté, c’est falsifier l’histoire. Le projet avance aujourd’hui parce que Sonko a tenu hier. La vérité est simple : sans Ousmane Sonko, on n’en serait pas là » laisse entendre la députée.

Avec Tribune
