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Sur les traces de Bamba : Khourou Mbacké, au royaume d’enfance

Il y a le saint homme, l’érudit, l’endurant dont on devine que la dimension exceptionnelle est de tradition, relève d’un héritage. Il y a Cheikh Ahmadou Bamba, mais aussi ses parents, son père et sa mère, éducateurs exceptionnels.

A Khourou Mbacké, royaume d’enfance du fondateur du Mouridisme, Mame Diarra Bousso, la mère modèle, a laissé les traces les plus indélébiles de l’histoire du Mouridisme, la doctrine soufie fondée par le fils devenu guide exceptionnel et serviteur de Dieu.

C’est la rencontre entre deux éducateurs, enseignants coraniques et en sciences islamiques, qui a donné naissance au village de Khourou Mbacké : Mame Mor Anta Saly, père d’Ahmadou Bamba, celui qui deviendra le père du Mouridisme, et Cheikh Ahmadou Mbacké Kâne, poète par ailleurs.

Venu de Mbacké, en compagnie de son épouse, Sokhna Mame Diarra Bousso, le premier, Mouhamed Habiboulah Mbacké de son vrai nom, voulait d’un endroit calme, propice à l’apprentissage et la transmission des enseignements du Coran, et à la vénération de Dieu. A l’opposé de Mbacké, la bouillante.

Son hôte lui offrit l’hospitalité, le gîte et le couvert. Mieux, il lui octroie un vaste espace où il aménage. Nous sommes dans les années 1868. Le village de Khourou Mbacké, littéralement « trou de Mbacké », est né.

Plus tard, il s’agrandit peu à peu avec l’arrivée d’apprenants de plus en plus nombreux. En plus de l’enseignement, Mame Mor Anta Saly était très pris par sa fonction de cadi, allant de village en village dire le droit islamique. En ces temps de présence coloniale, l’islam se faisait adopter peu ou prou par ces populations aux pratiques ancrées dans l’animisme.

Il confie l’administration de Khourou Mbacké à Serigne Mbaye Diakhaté, qui en devient le premier calife.

Aujourd’hui encore, ses descendants sont les gardiens des lieux. Cheikh Abdou Diakhaté assure le califat, quatrième génération.

Entre-temps, Cheikh Ahmadou Bamba naquit à Mbacké-Baol, en 1953, mais « il a passé son enfance ici [Khourou Mbacké], de 1853 à 1861 », indique-t-il.

A l’époque, il était âgé de 7 ou 8 ans. Répondant à l’appel au Jihad de l’Almamy Maba Diakhou Ba, son père l’emmena avec lui à Nioro-du-Rip.

« Il reviendra 52 ans plus tard à Khourou Mbacké qui avait comme disparu de la carte, pour le faire renaître », dit Cheikh Abdou Diakhaté.

« Plusieurs enfants du cheikh sont morts très jeunes », précise l’homme préposé à la visite du sanctuaire.

Son fils Habiboulah et dix autres de ses frères et sœurs y ont rejoint le Seigneur. A l’exception du premier qui dispose d’un sépulcre individuel, le reste des enfants de Serigne Touba repose dans une pièce faisant office de mausolée.

Avec le Magal qui arrive à grands pas, les journées sont chaudes à Khourou Mbacké. Mais pas de quoi altérer l’ardeur d’un groupe de femmes trouvées sur les lieux.

Elles se démènent avec ferveur, balayant et tamisant le sable fin sur la place du village. Certaines d’entre elles se dirigent ensuite vers une construction en dur. « C’est la chambre de Mame Diarra. C’est là qu’elle a logé », lance Mbayang, coiffée de ce bonnet à longue queue typique des Baay-Fall. Voilà plus de vingt ans qu’elle vient nettoyer la chambre où a vécu celle qui inspire sa vie de femme.

A voir l’enthousiasme avec lequel elle et ses congénères, malgré leur âge avancé, frottent le sol de leurs balais, enlèvent la poussière, nettoient les murs, on se rend compte que la foi peut bien soulever les montagnes…

La rencontre avec El Haj Omar au « puits de la grâce »

C’est dans ce village de Khourou Mbacké que se déroule l’histoire de Mame Diarra Bousso, la mère du cheikh, aidant son époux à réparer une palissade et qui fut surprise par la pluie. Elle resta longtemps à attendre alors qu’il avait même oublié qu’il lui avait confié cette tâche.

Revenu de son oubli et trouvant son épouse encore debout à l’endroit où il l’avait laissée, toute trempée, Mame Mor Anta Saly formula à son endroit la prière suivante : « Dieu te gratifie d’un enfant qui supplantera tous les hommes comme le soleil surplombe tout ce qui se trouve sur terre. » Pour les adeptes du mouridisme, la prière est exaucée en la personne de son fils Cheikh Ahmadou Bamba.

Présentée comme un modèle de femme dévouée à Dieu et à son mari, une sainte, Mame Diarra Bousso mourut à Porokhane, à l’âge 33 ans.

« A Khourou Mbacké, elle a creusé un puits de 33 mètres de profondeur, ente 1851 et 1852 », relate le conservateur qui guide le visiteur à son emplacement. Situé à un kilomètre du cœur du village, on attribue au « Puits de la grâce », comme on l’appelle, plusieurs vertus miraculeuses.

Non loin de là, un arbre mort, « un tamarinier à l’ombre duquel la sainte femme reposait le cheikh, enfant, le temps de puiser l’eau », ajoute-il.

On raconte qu’un jour de 1852, El Haj Omar et ses hommes l’y trouvèrent. Elle les aida à se désaltérer, à remplir leurs outres et à abreuver leurs montures. Le grand soufi et guerrier musulman lui aurait alors prédit qu’elle donnerait naissance à un prodige, un homme d’une dimension exceptionnelle.

C’est cet homme que la communauté mouride et musulmane dans son ensemble, célèbre chaque année, depuis 1928, un an après sa disparition, commémorant ainsi son départ en exil au Gabon, en 1895.

Source : Aps

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