Qui craint le mot «RESTRUCTURATION» ? (Par Mariam Selly Kane)

J’ai suivi avec intérêt et curiosité l’entrevue spéciale que M. Majdi Debbich représentant résident du FMI a accordé à notre confrère Cherif Diop de Evenprod media sur l’accord que le Sénégal a signé avec le Fonds monétaire international portant sur un programme de 2,2 milliards de dollars US prévu sur trente-six mois. Objectif : mieux gérer sa dette et stabiliser ses finances publiques. Bien. La confiance du FMI est revenue au Senegal mais à quelles conditions ? Le Sénégal doit mieux contrôler ses dépenses, renforcer la transparence et augmenter ses recettes. Il me semble que c’est cela le propos. Alors, je n’ai pas compris ce jeu de badminton entre le journaliste et le représentant du FMI ; le journaliste voulant absolument lui faire lâcher le mot « restructuration » et l’agent du FMI refusant catégoriquement de le dire. Il a parlé de traitement de la dette qui représente 130% du PIB et d’un service d’intérêts qui monte à ¼ des recettes fiscales. La dette devenant un fardeau pour les pouvoirs publics, il faut donc faire quelque chose ! D’un point de vue sémantique, c’est très drôle et en même temps hallucinant ! Pourquoi craindre de parler de restructuration ? De quoi a-t-on peur ? Pourquoi ne pas appeler Jean par Jean ? Le représentant du FMI a joué du langage diplomatique pour contourner la question de l’excellent journaliste mais in fine, il s’agit bien d’une restructuration.

OUI ON RESTRUCTURE ET ALORS ?

Le gouvernement qui est responsable de TOUT (parce que quand on est dans l’opposition, on n’est responsable de RIEN) a bien le droit de restructurer, de retraiter le volume et les maturités de sa dette avec ses créanciers par toutes les voies possibles et imaginables grâce à la diplomatie économique et grâce à des stratégies économiques innovantes qui vont lui permettre de souffler un peu et de maintenir la soutenabilité de ses finances publiques.

Maintenant, une des priorités dans ce nouveau tournant est d’arrêter de se faire divertir par des chicanes politiciennes. Commencer par respecter l’intelligence des Sénégalais et dire la vérité aux citoyens, ce serait une belle avancée démocratique et permettrait à ceux et celles qui veulent les accompagner et les aider à avoir une meilleure visibilité des enjeux. Le fait que le ministre de l’Économie et des Finances a annoncé une augmentation des aides ciblées comme les bourses familiales, les bourses étudiantes et la couverture maladie universelle est encourageant. Une réforme de notre politique de subventions généralisée est aussi annoncée. Attendons de voir ce qui en résultera.

Mes amis, disons-nous la vérité. Le Sénégal est un pays viable du fait de nos ressources naturelles et au regard la qualité de nos ressources humaines et de notre administration. Nous sommes malades de nos orientations politiques depuis ces dernières années qui ont été malheureuses mais, si nous voulons redresser le cap réellement et honnêtement, rien n’est perdu pour notre pays. Et c’est ici qu’on attend le concours de toutes les bonnes volontés. Et si on faisait une pause politicienne pendant trois ans pour panser nos plaies et remettre le Sénégal sur les rails de l’émergence ? Pourtant, des solutions existent !


MSK

Partager cet article :