Le désir de repli, lorsque l’on est un homme connu pour sa sociabilité, est un paradoxe que je vis de l’intérieur. Loin d’être un aveu de faiblesse, une rupture brutale ou une marque de désamour envers les autres, ce retrait volontaire répond pour moi à des dynamiques internes profondes. Je cherche simplement ici à en rendre compte, sans la moindre intention de me justifier.
Si j’ai longtemps nourri une réputation d’homme accessible, chaleureux et engagé dans la cité, j’ai fini par ressentir la saturation de cette scène sociale. Les interactions, aussi riches soient-elles, finissent par exiger une forme de performance inconsciente. L’entourage attend de moi de l’énergie, de l’écoute, une présence constante. C’est un masque noble, mais dont le poids finit par épuiser ma batterie sociale. Ce repli devient alors une mesure essentielle de préservation, une manière de faire tomber les attentes pour enfin respirer, loin des regards.
Au fond, cette sociabilité m’a souvent dispersé vers l’extérieur. Aujourd’hui, j’éprouve le besoin impérieux de m’appartenir à nouveau, de reconquérir une forme de souveraineté sur mon propre temps et sur mon esprit. À force d’avoir été disponible pour tous, je ne l’étais plus pour moi-même. Ce mouvement de retrait est une quête d’intimité, un retour à un dialogue intérieur authentique. Le silence choisi m’offre une clarté mentale que le tumulte des relations ne fait que court-circuiter.
Je traverse sans doute une phase de transition, un moment d’incubation où les grands changements intérieurs s’accommodent mal du bruit du monde. J’ai besoin de cet espace protégé pour digérer le vécu, redéfinir mes priorités et créer dans l’apaisement. Ce recul n’est en rien une fuite des autres, mais un retour vers soi ; l’envers nécessaire d’une vie relationnelle dense. Pour continuer à donner, à échanger et à transmettre, je dois d’abord accepter de me vider du bruit du monde pour mieux me remplir à nouveau.
Dr Moussa Sarr
Expert transdisciplinaire