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« Il est aberrant de penser qu’on puisse continuer à vendre le sac de farine à 16 500 francs » Claude Demba Diop

Réunies au sein de l’Association des meuniers industriels du Sénégal, les Grands Moulins de Dakar (Gmd), Minoterie du Sénégal (Mds) les Nouvelles Minoteries Africaines (Nma), les Fours du Khalife du Sénégal (Fks), la Sédima, Olam et la Minoterie Basmala estiment qu’il est impératif que le prix du sac de farine en vigueur au Sénégal soit revu à la hausse pour permettre à l’industrie meunière de survivre. Claude Demba Diop, président de ladite association, clarifie leur position.

Source Tribune

L’association des meuniers industriels du Sénégal préconise que le prix du sac de farine soit revu à la hausse. Quel est le bien-fondé de cette recommandation ?

Depuis le début de l’année 2021 il y a eu une série de discussions avec l’Etat qui fait suite à l’augmentation du marché mondial des céréales. Le blé qui coutait 270 euros la tonne en début d’année, en janvier, est passé à 285 en juillet quand on a fait l’évaluation, ensuite 300 euros en début septembre, et on sait qu’au mois d’octobre tous les bateaux qui vont venir vont l’écouler à 325 euros. Il est impossible de continuer de travailler dans ces conditions, les unités seront obligées de mettre la clé sous le paillasson. Donc nous n’avons plus le choix. Même si l’Etat a supprimé la Tva et les droits de douane c’est largement insuffisant pour permettre aux unités industrielles de survivre.

De manière concrète quel prix serait le mieux indiqué à vos yeux ?

Si l’on se limite à la structure des prix définie aujourd’hui avec l’Etat, sans marge bénéficiaire on est à 18 500 francs Cfa le sac. Mais si aujourd’hui on devait revoir totalement la structure des prix et être dans une logique économique on serait normalement à plus de 20 000 francs Cfa par sac. Cependant nous pensons qu’au vu du contexte économique actuel, on devrait se limiter juste à 18 500 francs Cfa pour fonctionner, laisser les choses se passer, au moins sauver les industries et passer plus tard à la vérité réellement des prix.

Peut-on avoir une idée du manque à gagner pour l’industrie meunière ?

Quand on a fait une petite évaluation, on s’est rendu compte qu’on perd aujourd’hui en moyenne 700 à 900 francs par sac. Si vous le rapportez à la production locale qui est de 1300 tonnes par jour on est trop loin de 20 millions par jour au niveau de l’Amis. Ca fait presque 600 millions par mois.

En termes d’emplois quelle menace pèse le secteur ?

En termes d’emplois l’Amis est déjà à plus de 1000 emplois directs. En emplois indirects on est à plus de 15000 emplois. Nous pensons que c’est un secteur très important dans l’économie sénégalaise et qu’il est bon effectivement de tirer une sonnette d’alarme pour éviter justement que ces géants aux pieds d’argile ne  se retrouvent carrément à terre. Aujourd’hui on souhaite que le comité des prix soit rapidement convoqué pour mieux comprendre les doléances des meuniers afin que l’on puisse retrouver un équilibre qui puisse permettre aux unités industrielles de continuer à fonctionner. On a une exception sénégalaise aujourd’hui. Des pays comme la Côte d’Ivoire, on a reçu il y a quinze jours le président de l’association des boulangers, eux aujourd’hui ils achètent le sac de farine à 21 000 francs Cfa. C’est le même blé, c’est les mêmes unités industrielles, c’est les mêmes parcours, donc il est aberrant de penser que nous on puisse continuer à vendre le sac à 16 500 francs alors  que les unités industrielles qui font exactement la même activité sont entre 18 500 et 21 000 francs Cfa.

Qui dit farine, dit pain. Est-ce qu’il ne faudra pas s’attendre à une hausse du prix du pain ?

La question est très délicate. Les boulangers sont nos partenaires et on est à l’aise pour comprendre les difficultés qu’ils traversent. Toutefois les difficultés qu’ils traversent ne sont pas liées au prix de la farine parce que le prix du pain est arrimé à un sac à 18 000 francs. Donc ca veut dire qu’ils ont des difficultés ailleurs : il y a un problème de réglementation, il y a d’autres soucis que ces boulangers ont qui font aujourd’hui qu’ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts ; ce n’est pas lié réellement au prix  de la farine. Maintenant, dans le contexte actuel, si vous dites on augmente  le prix de la farine, spontanément les gens vont penser qu’il  faut augmenter le prix du pain.

Ce n’est pas systématique ?

Normalement non parce que le prix du pain est arrimé à un sac à 18 000 francs. Mais ce prix là dans la réalité n’a pas été appliqué au cours de ces dernières années parce que tout simplement le coût du blé le permettait, ou l’ambiance mondiale permettait qu’on vende à moins de 18 000  francs. Encore une fois la baguette de 190 grammes à 150 francs c’était sur la base d’un sac à 18 000 francs.

A quoi est dû le renchérissement du cours mondial du blé?

Il y a plusieurs facteurs.  C’est-à-dire qu’aujourd’hui, si on s’en tient aux études qui ont été menées, il y a la conjugaison de deux facteurs. Le premier  facteur est quelque part lié au dérèglement climatique. Vous avez des pays comme le Canada, les Usa, la zone Amérique du Sud… Tous ces pays ont connu de grosses sécheresses qui ont remis en cause les rendements et la qualité du blé. Vous avez d’autres facteurs climatiques comme les inondations qui ont plus touché l’Europe. Ces deux éléments conjugués ont fait qu’il y a une baisse de rendements et de céréales disponibles. La covid est venue s’y rajouter parce que le marché lui-même a été complètement destructuré. Il y a eu  une forte demande déjà de l’Asie. Avec la covid, les Chinois comme les Indiens avaient plus une préoccupation de survie donc ils ont acheté beaucoup de céréales pour vivre. Quand la Chine et l’Inde achètent en si grandes quantités, c’est clair que les pays africains            ne peuvent plus disposer des quantités souhaitées. De plus les pays frappés par une baisse de production ont eu tendance à se couvrir. Des pays comme Russie ont même rajouté des taxes à l’exportation pour protéger la production. Si vous conjuguez    la rareté du produit, plus l’augmentation de la demande, plus les difficultés de disposer d’un navire avec un renchérissement du fret, il y a eu des flambées qui ont fait qu’on est passé en une année et demi de 225 euros la tonne à 325 euros la tonne.

Quand devrait entrer en vigueur cette hausse du prix de la farine souhaitée par les meuniers industriels ?

Vous savez le prix de la farine est homologué, donc c’est des prix administrés. Ce que nous souhaitons c’est qu’il y ait un comité des prix qui se mette en place pour confirmer la vérité de nos propos, et pour dire exactement quel est le prix qui pourra sauver nos industries, c’est ça l’objectif aujourd’hui. On attend  la convocation du comité des prix pour rapidement le faire parce que, je dirais, notre devoir patriotique ne nous permet pas tout  de suite de dire on ferme boutique, on arrête la production. Je pense qu’on en est pas là. L’idée aujourd’hui c’est qu’on veut simplement que l’Etat en place ce comité des prix, qu’on s’assoit autour d’une table et qu’on aille au fond pour savoir réellement  quand est ce qu’on pourra ajuster les prix et permettre aux unités industrielles de continuer à produire sans pour autant mettre la clé sous le paillasson.

Peut-on s’attendre à ce que l’Etat subventionne les prix ?

L’Etat aujourd’hui a de grosses contraintes financières et on sait un peu ce qui se cache toujours derrière des subventions. Même si c’est subventionné, je veux  dire que ce n’est jamais payé ou c’est payé difficilement. Donc l’idée aujourd’hui c’est de faire comme tous les pays du monde, c’est de revoir les prix plutôt que de penser à une subvention.

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