État civil : Kaffrine dans la zone rouge avec seulement 42 % de naissances déclarées

Avec un taux de déclaration des naissances de 42 %, la région de Kaffrine figure parmi les zones rouges en matière d’état civil au Sénégal. Une situation jugée préoccupante par les autorités administratives et les responsables de l’Agence nationale de l’état civil (ANEC), qui appellent à une mobilisation de tous les acteurs pour inverser la tendance.

Au niveau national, le taux d’enregistrement des actes d’état civil s’établit à 81,4 %, selon l’ANEC. Mais la situation reste particulièrement préoccupante à Kaffrine, où seules 42 % des naissances sont déclarées. Ce faible niveau d’enregistrement expose une partie importante de la population aux conséquences liées à l’absence de documents d’état civil.

Pour expliquer cette situation, le directeur de la Cellule de communication de l’ANEC, Ibrahima Etia, évoque notamment la position frontalière de Kaffrine avec la Gambie. Selon lui, les mouvements de populations observés dans ces zones peuvent contribuer au non-respect des procédures de déclaration systématique des naissances, des mariages et des décès.

« Aujourd’hui, on est dans un contexte où, au Sénégal, on ne doit plus avoir un enfant sans état civil, un couple sans acte de mariage. De même, tout décès doit être déclaré à l’état civil », a-t-il déclaré. Non sans ironie, il relève que même les animaux disposent désormais de systèmes d’immatriculation leur permettant d’être identifiés et de disposer de documents.

Pour Ibrahima Etia, l’absence d’état civil constitue un véritable frein à l’exercice des droits. Une personne non déclarée « n’existe pas juridiquement », estime-t-il. Elle peut ainsi rencontrer des difficultés pour accéder à certains droits et services essentiels, notamment l’éducation, la santé et les services sociaux de base.

Du côté de l’administration territoriale, la question de l’état civil est également considérée comme une priorité. L’adjoint au préfet de Kaffrine, Boubacar Bâ, estime que l’état civil constitue un élément fondamental de l’identité et de l’accès aux droits. Il appelle ainsi à renforcer la sensibilisation des populations sur la déclaration des naissances, l’enregistrement des décès et la disponibilité des documents d’état civil.

Les médias appelés à jouer leur partition

Cette problématique était au cœur d’une session de renforcement de capacités organisée du 11 au 13 août 2026 à l’intention de 35 journalistes de la cellule zone centre de la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS). La rencontre, consacrée à l’état civil et aux violences basées sur le genre, a permis de mettre en lumière les enjeux liés à la non-déclaration des actes d’état civil.

Pour Ibrahima Etia, les médias ont un rôle déterminant à jouer dans la sensibilisation des populations. Grâce à leur capacité à toucher un large public, les journalistes peuvent contribuer à une meilleure connaissance des procédures et à une prise de conscience des conséquences liées à l’absence de documents d’état civil.

Une responsabilité également soulignée par l’adjoint au préfet de Kaffrine. « Par des reportages de qualité, ils peuvent informer les citoyens sur les procédures, faire connaître les difficultés rencontrées et rapprocher davantage les populations des services compétents », a-t-il expliqué. Il invite ainsi les professionnels des médias à s’investir davantage dans la sensibilisation sur les questions d’état civil.

Les auxiliaires de l’état civil en première ligne

Pour améliorer le niveau d’enregistrement, Ibrahima Etia rappelle également le rôle des auxiliaires de l’état civil, notamment les chefs de quartier et les chefs de village. Ces derniers, explique-t-il, peuvent recevoir les déclarations de naissance et les transmettre aux centres d’état civil à la fin de chaque mois pour leur enregistrement.

Cette possibilité devrait, selon lui, être davantage connue des populations vivant dans les zones éloignées. L’objectif est de leur éviter des déplacements jusqu’aux centres d’état civil et de faciliter ainsi l’accomplissement des démarches administratives.

Le secrétaire général de la cellule zone centre de la CJRS et journaliste à Seneweb, Mor Kâ, estime, pour sa part, que le choix de cette thématique répond aux réalités auxquelles les professionnels des médias sont confrontés dans l’exercice de leur métier. Il invite ses confrères à aller au-delà du simple traitement factuel et à mieux comprendre les causes et les conséquences de la non-déclaration des naissances.

Dans la région de Kaffrine, comme dans d’autres localités du pays, certains mariages ne sont toujours pas déclarés et des enfants grandissent sans acte de naissance. Derrière ces situations se trouvent souvent, selon lui, des difficultés sociales et économiques, mais aussi un déficit d’information.

Dans ce contexte, Mor Kâ considère que le journalisme peut accompagner les changements en cours en permettant aux populations de mieux comprendre l’importance de l’état civil et les procédures à suivre. Il a ainsi appelé les participants à mettre à profit les connaissances acquises durant la session pour produire des contenus plus pertinents et contribuer à une meilleure sensibilisation des communautés.

Birane Diop (Le Soleil)

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