CDM 2026 : Le journalisme à l’épreuve des réseaux sociaux et face à son devenir (Par Doudou Ndiaye)

Alors que la Coupe du Monde 2026 s’ouvre, j’utilise ce moment comme un prétexte pour lancer une réflexion sur l’avenir du journalisme, particulièrement au Sénégal.

L’avènement des réseaux sociaux a profondément transformé la circulation de l’information. Désormais, les faits émergent souvent sur Facebook, X, TikTok ou WhatsApp bien avant d’apparaître dans les médias traditionnels. Face à cette nouvelle réalité, les journalistes ne doivent pas se contenter de « courir derrière » les réseaux sociaux. Ils doivent choisir leurs sujets, les traiter selon les standards du métier et les relater avec rigueur, même lorsque ces faits ont déjà largement circulé.

Car lorsqu’un fait rapporté sur les réseaux sociaux est ensuite repris par plusieurs médias crédibles à partir de leurs propres démarches professionnelles, il acquiert une autre dimension. Il bénéficie d’une forme de validation probante.

 La presse joue alors son rôle de filtre et de garantie.

Prenons le cas des Sénégalais fouillés (?) sur un tarmac aux États-Unis. L’information a largement circulé sur les réseaux sociaux. Si, le lendemain, plusieurs médias traitent le sujet à partir de leurs propres investigations, recueillent des témoignages, sollicitent des réactions officielles et apportent des éléments complémentaires, ils confèrent à cette information une crédibilité supplémentaire. À l’inverse, lorsqu’un fait viral n’est repris par aucun média professionnel, le doute peut subsister dans l’esprit du public.

Le rôle premier du journaliste demeure donc la collecte, le traitement et la diffusion des faits. Le commentaire vient après. Comme le rappelle le célèbre principe : « Les faits sont sacrés, le commentaire est libre. »

C’est pourquoi je lance un appel aux journalistes : minimisons le dépassement de fonction.

Trop souvent, notamment dans le journalisme sportif, certains se transforment en analystes tactiques, en sélectionneurs, voire en médecins du sport. Pourtant, leur mission première ce n’est pas de nous dire qui doit jouer, qui doit rester sur le banc ou quel système de jeu adopter. C’est plutôt de nous rapporter les faits qui suscitent notre intérêt, surtout , aujourd’hui plus que jamais, les faits inédits que nous ne trouvons pas ailleurs.

Les situations récentes concernant Ilay Camara ou El Hadji Diouf constituent à cet égard de véritables cas d’école.

Concernant Ilay, de nombreuses questions restent posées : est-il réellement rentré ? Si oui, à quelle date ? Pour quelles raisons ? Pourquoi, dans le même temps, Moustapha Mbow et Pape Mamadou Sy continuent-ils à vivre avec le groupe ? Pourquoi El Hadji Diouf  ne s’est pas déplacé avec les Lions?

Face à ce type de questionnements, le rôle du journaliste n’est pas de multiplier les hypothèses ou les commentaires. Il est d’aller chercher les réponses auprès des personnes concernées, de l’encadrement technique, de la fédération ou de toute autre source crédible.

Lorsque tout le monde se pose les mêmes questions et que personne n’apporte les réponses, c’est précisément là que le journalisme doit démontrer sa valeur ajoutée.

L’autre défi est celui de l’originalité de l’information.

Au Sénégal, de nombreux médias en ligne se contentent de reprendre les informations publiées par d’autres. Le fameux « selon Seneweb » est devenu une formule récurrente. Le danger est évident : si la source initiale se trompe, toute la chaîne médiatique reproduit l’erreur.

Les organes de presse doivent retrouver le réflexe de la rcollecte autonome de l’information. Lorsque les faits se déroulent dans leur propre environnement, ils devraient être capables de les collecter, de les vérifier et de les trianguler eux-mêmes.

Il est compréhensible de s’appuyer sur des agences de presse lorsque l’événement est inaccessible ou se déroule à l’étranger. Mais pour l’essentiel de l’actualité nationale, le journaliste doit aller sur le terrain, rencontrer les acteurs, croiser les sources et produire sa propre information.

À défaut, une question légitime se pose : quelle est alors sa valeur ajoutée ?

Cette simplification excessive de la pratique journalistique contribue malheureusement à banaliser le métier. Lorsque la recherche, l’enquête, le recoupement et la production originale d’informations disparaissent, la frontière entre le journaliste et le simple diffuseur de contenus devient de plus en plus floue.

Chacun peut alors s’autoproclamer journaliste, parfois sans formation, sans méthode et sans réelle culture professionnelle.

Le résultat est visible : un nivellement progressif par le bas qui fragilise la crédibilité de l’ensemble de la profession.

Il est temps de secouer le cocotier.

Non pas pour défendre un corporatisme dépassé, mais pour rappeler que dans une société saturée d’informations, la véritable valeur du journalisme ne réside plus dans sa capacité à être le premier à publier. Elle réside dans sa capacité à être le plus crédible, le plus rigoureux et le plus utile à la compréhension du monde.

Les réseaux sociaux peuvent annoncer les faits. Le journalisme doit continuer à leur donner du sens, de la crédibilité et de la profondeur.

C’est peut-être un des levier pour que la presse dite traditionnelle reste en vie

Bonne chance à Lions! Bon week end à toutes et tous!

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