Selon le nouveau rapport Gender Snapshot 2026, publié conjointement mercredi 16 septembre par ONU Femmes et le Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (DESA), l’égalité entre les femmes et les hommes ne sera atteinte que dans 171 ans, au rythme actuel des progrès. Publié à l’occasion de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York, ce document dresse le constat d’un recul politique transversal, mesurable et cumulatif, alors que les femmes demeurent largement écartées des instances de décision. À ce jour, aucun des indicateurs de l’Objectif de développement durable 5 (ODD 5), consacré à l’égalité des sexes, n’est en voie d’être atteint d’ici 2030. « Les données ne laissent aucune place à l’ambiguïté : au rythme actuel, il faudra encore 171 ans pour parvenir à l’égalité des genres », a déclaré Li Junhua, Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires économiques et sociales.
6 PAYS SUR 7 SONT DIRIGÉS PAR DES HOMMES. LES FEMMES NE REPRÉSENTENT QUE 6 % DES DG D’ENTREPRISES ET DIRIGENT MOINS D’UNE HAUTE COUR SUR CINQ
La sous-représentation féminine est particulièrement flagrante au sommet des institutions politiques. Six pays sur sept sont actuellement dirigés par des hommes. Tout au long de leur parcours, les candidates se heurtent à des barrières financières et sécuritaires : dans certains pays, le coût d’une campagne électorale peut dépasser cent fois le revenu national moyen par habitant, et jusqu’à huit candidates sur dix subissent des violences dans la vie publique. Lorsqu’elles accèdent à des fonctions gouvernementales, les femmes restent davantage cantonnées aux portefeuilles sociaux. À l’inverse, plus de huit ministres des Finances sur dix et près de neuf ministres de la Défense sur dix sont des hommes. Ce déséquilibre se confirme dans les sphères économique et judiciaire, où les femmes ne représentent que 6 % des directeurs généraux d’entreprises à l’échelle mondiale et dirigent moins d’une haute cour sur cinq. Même au sein de l’organisation internationale, le constat prévaut : en huit décennies d’existence, l’ONU n’a jamais été dirigée par une femme, alors que se profile la désignation du dixième Secrétaire général.
« CETTE ÉCHÉANCE N’EST PAS UNE FATALITÉ… »
Le Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires économiques et sociales souligne cependant que cette échéance n’est pas une fatalité. Elle résulte de choix politiques et budgétaires. Investir dans l’égalité des genres, les institutions et les systèmes statistiques qui permettent de les évaluer « n’est pas un coût », mais un moyen de renouer avec la promesse du Programme 2030 d’un pouvoir égal pour toutes et tous, a-t-il ajouté. ONU Femmes et le DESA appellent les États à inverser la tendance : financer durablement les institutions chargées de l’égalité, protéger les organisations de défense des droits des femmes et l’espace civique, et garantir aux femmes une participation égale aux décisions qui façonnent la politique, l’économie, la paix et la sécurité, la technologie et la vie publique. Les progrès en matière d’égalité ne dépendent pas seulement de la présence des femmes dans les institutions, mais aussi de leur capacité réelle à exercer le pouvoir et à influencer les décisions. « Lorsque les femmes dirigent, les sociétés sont plus fortes, les économies plus résilientes et les résultats meilleurs pour tout le monde », a déclaré Sima Bahous, Directrice exécutive d’ONU Femmes. « L’égalité ne peut être atteinte sans un accès égal au pouvoir, car l’égalité sans pouvoir n’est pas l’égalité du tout », a-t-elle ajouté.
Source : Tribune