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Pirogue renversée : la marine nationale accusée d’avoir provoqué la mort de 40 migrants

Dans la nuit de dimanche à lundi 26 octobre 2020, une pirogue transportant des migrants irréguliers a subi un choc au large des côtes sénégalaises. Les rescapés lèvent le voile sur les circonstances de cet incident en mer qui n’a pas fait que des heureux et continue de faire couler de la salive. Ibrahima Fall est l’un des rescapés, âgé de 42 ans. Il déclare au journal Tribune être originaire de Saint Louis.

Le père de famille de cinq (05) enfants qu’il est, aurait versé la rondelette somme de 300.000 Cfa, dans l’optique de rallier l’Espagne, via le «Grand bleu». Mais son rêve s’est brisé au large des côtes sénégalaises : «Nous avons embarqué le dimanche aux environs de 22 heures à Soumbèdioune. La pirogue emportait pas moins de 80 personnes. L’ambiance était bon enfant. Après quelques kilomètres de navigation, nous avons voulu changer le moteur de la pirogue pour installer un moteur de 60 w afin d’aller plus vite, car nous roulions avec un moteur de 40 w. Lorsque nous avons allumé la lumière, la marine espagnole nous a vus, pendant que leur lampe bateau était éteinte. Nous avons repris la course sans même changer de moteur. Le bateau espagnol nous suivait. Il nous disait « Stop ! Arrêtez-vous ! ». Ils ont ensuite informé la marine sénégalaise. C’est là que le patrouilleur sénégalais s’est mis à nous poursuivre. Après une longue course poursuite, nous avons décidé d’accoster. À un moment, le patrouilleur sénégalais s’est présenté devant nous et a percuté notre embarcation par l’avant. La pirogue s’est fendue et les gens criaient de toutes leurs forces. C’était le sauve-qui-peut. Seules 39 personnes ont été sauvées. Plus de 40 personnes sont encore introuvables. Elles sont mortes certainement, car beaucoup parmi eux ne savaient nager. Moi, je me suis sauvé grâce à un bidon d’essence», raconte Ibrahima Fall.

Des propos qui corroborent les explications de Papa Abdoulaye Guèye. Ce dernier est un jeune célibataire âgé de 24 ans, et originaire aussi de Saint-Louis du Sénégal. Il avait lui aussi versé la coquette somme de 300.000 Cfa, fruit d’une année d’économie et de plusieurs heures de dur labeur. Il se confie à Tribune : «Au Sénégal, il n’y a pas de travail, c’est pourquoi nous voulons rallier l’Europe», dit-il. Revenant sur les circonstances de l’incident, il martèle avec fracas que c’est la marine sénégalaise qui a percuté leur pirogue. «Ce qui est dramatique, c’est qu’après l’accident, les éléments de la marine sénégalaise sont restés pendant plus de 30 mn à nous observer. D’ailleurs, ils n’ont sauvé que 7 personnes, tous les autres rescapés l’ont été grâce aux Espagnols. Nous n’avons pas vu les corps d’autres survivants. Ce qui est plus choquant, c’est que les enquêteurs ne s’intéressent qu’à trouver l’identité du propriétaire de la pirogue, les convoyeurs et autres intermédiaires. Mais les personnes mortes ne les intéressent pas», regrette le rescapé. Il souligne devoir son salut que grâce à un bidon d’essence, sur lequel ils’était bien accroché. Un autre rescapé qui avait également versé la même somme de 300 mille Cfa, a préféré rester sous anonymat. Ce qui ne l’a pas empêché d’enfoncer le clou : «La marine nationale véhicule des informations selon lesquelles c’est notre pirogue qui les aurait percutés. C’est impensable !C’est eux qui ont percuté notre pirogue. Que ce soit clair! Je dis à tout le monde que celui qui n’a pas revu son fils, qu’il sache qu’ils sont morts dans l’accident», peste-t-il, sur un ton amer. Malgré ce choc meurtrier, nos interlocuteurs affirment qu’ils ne sont que plus déterminés à reprendre les pirogues pour tenter de rejoindre les îles Canaries.

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