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Miser sur le potentiel des partenariats pour transformer les soins de santé en Afrique (Par Dr. Ahmadu Lamin Samateh)

DAKAR, Sénégal, 20 novembre 2023/ — Par Ahmadu Lamin Samateh, Ministre de la Santé, République de Gambie.

Dans le domaine de la médecine, il y a des moments décisifs qui peuvent transformer des vies à jamais. Pour moi, cette opportunité s’est produite il y a vingt ans, lorsque mon chemin a croisé celui d’équipes médicales en mission humanitaire dans notre pays, dont celles de Mercy Ships (www.MercyShips.org), une ONG qui s’est engagée à fournir des opérations chirurgicales à ceux qui en ont le plus besoin. Être témoin de leurs interventions chirurgicales et de l’impact profond qu’elles avaient sur la vie des gens a déclenché en moi la passion de devenir chirurgien.

J’ai réalisé que les besoins du corps humain dépassaient les frontières et que le peuple gambien méritait d’avoir accès à des soins chirurgicaux de qualité.

Devenir chirurgien en Gambie n’a pas été sans difficultés. Comme il n’y avait pas d’école de médecine dans notre pays à l’époque, j’ai poursuivi mes études ailleurs. Armé de mes nouvelles connaissances et de mon expertise, je suis retourné dans mon pays pour créer un impact positif sur les soins de santé.

Actuellement, le paysage des soins et des études de la chirurgie en Gambie présente de nombreux défis. La chirurgie est un domaine varié, elle requiert des spécialistes, souvent rares dans les pays à faible revenu comme le nôtre. A défaut de pouvoir être opérées, de nombreuses personnes continuent d’endurer des douleurs inutiles ou dépendent de l’assistance d’organisations telles que Mercy Ships. Combler ce fossé reste un défi de taille.

Ces dernières années, le pays a réalisé des progrès notables, comme la mise en place d’un programme d’internat en médecine. Cette étape est essentielle pour assurer la pérennité et la formation de nos spécialistes dans des domaines tels que la chirurgie, la gynécologie, la pédiatrie et la médecine interne. Toutefois, l’élargissement du champ de la formation à un large éventail de disciplines chirurgicales reste une préoccupation qui nécessite également le soutien de partenaires internationaux.

La limitation des ressources est profondément ancrée dans le secteur des soins de santé du pays. Avec une population d’environ 2,7 millions d’habitants, notre budget de santé fait pâle figure comparé au budget stupéfiant de 2,9 milliards d’euros dont j’ai pris connaissance lors de ma récente visite dans un pays européen. Traiter une appendicite aiguë à New York, Tokyo, Londres ou Banjul requiert la même expertise, mais les ressources disponibles diffèrent considérablement.

Le pays dépend aussi entièrement des importations pour 100 % de ses consommables médicaux, ce qui rend leur coût et leur disponibilité aléatoires. Il y a également une grave pénurie de professionnels de la santé qualifiés. Alors que nous nous efforçons de doter nos établissements de santé d’équipements de pointe et de médicaments, le manque de personnel qualifié entrave nos efforts.

Malgré ces défis, le gouvernement travaille activement à combler les lacunes de son système de santé, en collaboration avec des organisations telles que la Banque mondiale, l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), l’UNICEF (Fonds International d’Urgence pour l’Enfance des Nations Unies), le FNUAP (Fonds des Nations Unies pour les Activités en matière de Population), le Fonds mondial et le Programme alimentaire mondial. Ces efforts, bien que louables, nécessitent un dévouement continu et des partenariats stratégiques pour parvenir à un changement significatif et durable.

Dans l’intervalle, nous comptons sur le soutien de professionnels de la santé d’autres pays, en particulier de Cuba et des nations africaines voisines, pour nous aider à combler les lacunes en matière de capacité de prise en charge des patients, , en veillant à ce qu’ils reçoivent les soins dont ils ont besoin de toute urgence.

D’une manière générale, l’accès aux soins chirurgicaux et à l’éducation reste une préoccupation majeure sur le continent africain. Il est essentiel de trouver des moyens de surmonter ces obstacles. Par exemple, la création de centres de fabrication d’équipements et de fournitures médicales en Afrique réduirait la dépendance à l’égard des importations et rendrait ces produits essentiels plus abordables et plus accessibles.

Dans le cadre de partenariats et de programmes de formation mutuelle, les pays africains devraient collaborer pour former des spécialistes, en partageant leurs connaissances et leurs ressources. Nous pourrons ainsi renforcer l’infrastructure des soins de santé, favoriser l’accès à des services de qualité et, finalement, améliorer les soins de santé.

Cependant, les partenariats ne sont pas toujours simples à gérer. Les ressources limitées, tant financières que logistiques, entravent souvent les progrès des pays à faible revenu. Les budgets de santé limités font de la réalisation des objectifs mondiaux en matière de soins de santé une tâche ardue. Malgré ces obstacles, nous devons exploiter les ressources dont nous disposons et maximiser leur potentiel pour fournir les meilleurs soins possibles.

Les partenariats avec des organisations internationales comme Mercy Ships jouent un rôle essentiel pour combler les lacunes en matière de soins chirurgicaux. La récente mission de Mercy Ships en Gambie, au cours de laquelle 92 patients ont été opérés et 122 professionnels de la santé formés, illustre bien l’effet boule de neige d’une intervention efficace. Des personnes autrefois confrontées à la stigmatisation sociale et à l’isolement en raison de leur état physique ont aujourd’hui une chance de s’épanouir. Les enfants qui ne pouvaient pas aller à l’école en raison de leurs déformations ont désormais la possibilité de recevoir une éducation. Les familles accablées par les coûts des soins de santé de leurs proches ont été soulagées financièrement, et les patients guéris peuvent maintenant subvenir aux besoins de leur foyer.

En poursuivant cette collaboration, nous sommes déterminés à élargir le champ des interventions et à aborder d’autres domaines critiques, comme les soins contre le cancer. En facilitant les opportunités de formation pour les professionnels de la santé gambiens à bord des navires-hôpitaux de Mercy Ships, nous pouvons renforcer nos compétences locales et assurer des services de santé durables pour notre peuple.

À l’avenir, nous continuerons à nous concentrer sur la mise en place de systèmes de santé durables et sur l’accès à des soins chirurgicaux de qualité pour tous. Il est essentiel de s’unir par le biais de partenariats, tant en Afrique qu’avec des organisations internationales, pour relever les défis et transformer les soins de santé en Afrique.

Le temps de l’action est venu ! Ensemble, nous pouvons apporter l’espoir, la guérison et un avenir meilleur à des millions de personnes qui le méritent.


Distribué par APO Group pour Mercy Ships.
SOURCE
Mercy Ships

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