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Autosuffisance en légumes : Dr Macoumba Diouf défend la stratégie nationale

Acteur politique très en vue au Sine-Saloum, Macoumba Diouf est aussi un acteur du développement économique du pays de par sa fonction de directeur de l’horticulture qui est le moteur de l’agriculture. En évoquant les productions record des légumes de grande consommation comme que sont la pomme de terre et d’oignon, Dr Diouf dévoile la stratégie du Sénégal pour l’autosuffisance pour toutes les variétés de la filière horticole.

Ndiogou CISSE

Le Sénégal est autosuffisant en pomme de terre après l’oignon.  Comment est-ce possible ?

 Je   commence par l’état des lieux sur la filière pomme de terre au Sénégal. Un peu avant les années 1994, on a assisté à une disparition de la culture de la pomme de terre au Sénégal  à cause d’un problème phytosanitaire, notamment la présence de la tègne.  C’est vers  les années 2000 qu’on a eu une timide initiative de relance de la filière.  Ensuite à partir de 2007 avec   l’introduction de 4 containers de semences équivalent à 100 tonnes  grâce à un partenariat entre une société française et l’union des producteurs maraîchers de Méwane, avec le suivi de Tropicasen qui a augmenté le capital semencier.  Pour autant, de 2007 à 2012, la production était quasi inexistante.  La première véritable production qui est de 15000 tonnes a commencé en 2012 pour un besoin national actuel de 90000 tonnes.  Avec le président Macky Sall qui a compris que le sous-secteur horticole regorge d’un potentiel important dans la zone des Niaye, à la vallée du Goloumbou et au Sud dans la région de Sédhiou les choses ont commencé à changer. Le président Sall ayant compris que l’agriculture qui doit sous-tendre le développement du Sénégal, a comme moteur l’horticulteur, a manifesté sa volonté de la soutenir avec le Pse, puis avec le Pracas et actuellement avec le Pap2a.  Cela a abouti à un succès au niveau de toutes les filières depuis 2012 jusqu’à maintenant.

Concrètement pour la pomme de terre, qu’est ce qui a été fait ?

 En ce qui concerne la pomme de terre, c’est à partir de 2012 donc que le Sénégal a commencé à sortir sa tête de l’eau. La pomme de terre est une légume de grande consommation utilisée par les populations sous forme de frite, de patte, de bouillie etc.   90.000  tonnes multipliées par 400 ou 500 frs le kilo  donne une idée de l’apport de la pomme de terre dans l’économie du pays.  Les semences que le gouvernement a mis à la disposition des producteurs pour booster la production  coûtent 600 frs le kilo pour une tonne à l’hectare. Ceci étant très onéreux pour le petit producteur, l’Etat a subventionné à hauteur de 50%. On est ainsi passé de 130 millions de subvention à 6, 5 milliards de fcfa. Les engrais horticoles ont été aussi subventionnés à hauteur de 2,5 milliards fcfa. Avec l’engagement des producteurs, on est passé de 15000 tonnes en 2012 à 150.000  tonnes en 2012, 140000 tonnes en 2019 et 150 000 tonnes pour cette présente campagne. Avec un surplus de 60000 tonnes par rapport au besoin national qui est de 90000  tonnes, le Sénégal peut exporter maintenant de la pomme de terre. Ça est la preuve que le pays qui ne produisait pas de pomme de terre il y’a une vingtaine d’année est maintenant autosuffisant en pomme de terre.

 Cette autosuffisance est précédée de celle de l’oignon. Vous confirmez ?

Les même  succès notés dans la filière pomme de terre qui se suivent d’année en année sont visibles dans la filière oignon depuis quelques années. La production d’oignon est  passé de 90.000 tonnes en 2001 à 245.000 tonnes en 2014 puis 350000 tonnes en 2016. Actuellement la production qui est doublée voir même triplée  ne cesse de prendre son envol.

   Y’a-t-il une stratégie pour maintenir cette hausse de production?

Cela passe inévitablement par un programme de constitution du capital semencier.   Avec l’accord et l’apport du ministre de l’agriculture, nous nous attelons à  un programme de constitution d’un capital semencier pour la pomme de terre et la patate douce comme il en est pour l’arachide. Pour l’oignon, c’est déjà fait.  L’objectif c’est de produire ici les semences pour lesquels, nous avons l’accompagnement du Centre international de la pomme de terre qui est le pendant de Africa rice pour le riz. Nous voulons que  les milliards qui sont mobilisés  par l’Eta pour des semences à l’étranger restent ici et profitent aux acteurs sénégalais.

 Pensez-vous  aux autres variétés qui ne sont pas encore autosuffisantes ?

 Comme nous l’avons fait avec la pomme de terre et l’oignon. Etant convaincus que le  secteur de l’horticulture regorge d’un potentiel important, on a mis toutes nos énergies pour l’exploiter.  Nous sommes suivis par le président et le ministre. On a cherché à savoir quelles étaient les possibilités des producteurs, leurs attentes et leurs limites. Nous avons mis les moyens pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés en effectuant  beaucoup de renforcements de capacité et en procédant à des plaidoyers auprés des autorités pour arriver à ce résultat. Cela étant bien entendu soutenu par un engagement sans faille des nos techniciens et des acteurs à la base.   Comme nous avons fait pour booster la production de pomme de terre et d’oignons, pour les aitres cultures maraîchères, nous allons continuer à assurer l’encadrement et le renforcement des moyens des paysans et des producteurs, ainsi qu’une bonne structuration des filière  dans l’optique de permettre à toutes les filière d’atteindre l’autosuffisance dans un avenir très proche. Selon lui, il sera question de mettre en œuvre des méthodes de suivi et d’évaluation à travers des discussions et échanges entre tous les acteurs pour arriver à un véritable développement du secteur, grâce à la maîtrise de l’eau.  Nous pensons également à la mise en place de structures de transport et de commercialisation, ainsi que des infrastructures de stockage et de conditionnement en vue de la transformation des produits.

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