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Investir dans la gestion durable des terres au Sénégal pour atténuer les conflits d’usage

Le Sénégal est sujet à la dégradation des terres et a mis en place des mesures de réhabilitation qui ont permis son inversion par endroit. Dans un contexte où les terres deviennent de plus en plus rares, avec des empiétements d’un usage qui pénalise nécessairement d’autres usages, il devient important de pouvoir investir de manière judicieuse, efficace et efficiente dans la restauration des terres mais aussi d’avoir des moyens d’arbitrage entre différents usages des terres. Ceci est d’autant plus important au Sahel où la question de la sécurité alimentaire reste primordiale au vu de la forte pression démographique.

Quatre cas études ELD ont été établis au Sénégal, afin d’estimer le coût de la dégradation des terres et surtout d’évaluer la viabilité de mesures de restauration des terres des points de vue financier et économique. Il s’agit ici d’appliquer une démarche scientifique pour identifier les mesures de réhabilitation avec un retour suffisant par rapport aux ressources investies (financières, matérielles, humaines et naturelles) et de poser quelques éléments d’arbitrages possibles entre différents usages. Ces quatre cas d’étude ont été choisis de manière à donner un aperçu des différentes situations rencontrées à travers le pays, notamment en termes de dégradation des terres. Les cas d’étude se focalisent sur les zones de Kamb dans la région de Louga (zone à vocation sylvo-pastorale), Mbar Diop dans la région de Thiès (zone reforestée sur une concession minière exploitée), la forêt classée de Pata dans la région de Kolda en Casamance (sujette à la déforestation), et le village de Daga Birame dans la région de Kaffrine (zone du bassin arachidier).

Toutes les zones choisies sont sujettes à une surexploitation des ressources naturelles, d’autant plus forte lorsque ces ressources sont en accès libre, avec des situations typiques de la « Tragédie des communs » décrite par Garrett Hardin. Les bénéfices retirés des terres ont des formes multiples. Les populations tirent des services écosystémiques d’approvisionnement comme les produits des cultures sur des parcelles agricoles individualisées, du bois énergie, du bois d’œuvre, du bois de service, des matériaux pour l’artisanat, du pâturage aérien et des produits forestiers non ligneux dérivés de parcelles communautaires boisées. Les écosystèmes ont une fonction importante de régulation du climat au niveau local, reconnue par les populations, comme au niveau global en stockant du carbone dans les végétaux et les sols. Des écosystèmes soumis à une moindre dégradation des terres permettent une meilleure régulation des flux de nutriments dans les sols et une amélioration de la disponibilité en eau.

Les services écosystémiques culturels issus des terres dans les zones étudiées sont beaucoup plus limités. Ils sont liés aux cérémonies traditionnelles, l’ombrage, et les activités récréatives et d’écotourisme. Les cas d’étude ELD au Sénégal, de par la nature des zones étudiées et leur contexte socio-économique, sont dominés par les services d’approvisionnement dans les zones cultivées et celles sous couvert forestier. La plupart de ces services servent de principaux moyens de subsistance aux populations locales et peu sont à vocation marchande hormis les cultures de rente (arachide, manioc).

NOVEMBRE 2019

Auteurs principaux :

Emmanuelle Quillérou, UMR AMURE, Université de Bretagne Occidentale, France
Laure Zakrewski, UMR AMURE, Université de Bretagne Occidentale, France
Katim Touré, École Nationale Supérieure d’Agriculture, Université de Thiès, Sénégal
Gabriel Sarr, Direction Générale de la Planification et des Politiques Économiques, Ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Dakar


Contributeurs :

Halimatou Sadyane Ba, Centre national de recherches forestières de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles, Sénégal Katia Frangoudes, UMR AMURE, Université de Bretagne Occidentale, France
Talla Gueye, Institut National de Pédologie, Sénégal
Samba Sow, Institut National de Pédologie, Sénégal
Moussa Sall, Bureau d’Analyses Macro-économiques de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles, Sénégal
Diaminatou Sanogo, Centre national de recherches forestières de l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles, Sénégal

Revue scientifique :

Simone Quatrini, Department of Environmental Systems Science, ETH Zurich & Sustainable finance and
investment assurance, ÆDIS.Earth.

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