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Humanitaire : Ibson déplore un business sur le dos des migrants

Rappeur et écrivain, Ibson refuse que l’art soit détourné en fonds de commerce sous couvert d’action humanitaire. Tribune libre.

Cet événement me rappelle l’époque où je traquais cette souris qui se promenait librement dans « mon appartement » Dakarois. Après lui avoir apporté le coup de grâce qui la tuait, je me souvins qu’elle aurait peut-être laissé des souriceaux dans son trou, mais comme toute action hâtive, je constatais les fâcheuses conséquences: je venais de tuer un être vivant, nuisible certes, mais potentiellement utile à d autres dont la charge lui incombait.

Ce récit est le film que ma mémoire rejoue quand je pense à nos frères et sœurs qui contre vents et marrés perdent la vie sous le regard complice de nos décideurs, des leaders d’opinions et surtout des marchands de rêves utopiques. Monnayer la vie d’êtres humains, de compatriotes contre quelques billets de banques : voici ceux à quoi s’attèlent les nouveaux bourreaux du Sénégal. Les migrants sont pour ces bourreaux des objets troqués contre des billets. Et comme des objets, comme cette souris, sa vie n’a de valeur que si elle assouvit leur cupidité. Oui, humainement, ils (les migrants)n’existent pas.

Un assassin ne se préoccupe pas de la douleur de sa victime. Il n’estime même pas qu’elle en a. En effet, depuis quelques jours, je regarde des vidéos sur YouTube où des rescapés racontent leur triste histoire vécue en mer. C’est triste et nous le reconnaissons. Et depuis quelques jours, je revois cette scène d’hypocrisie quand il y a un malheur au Sénégal, des conférences de sensibilisation où bien sûr on va allouer un budget pour l’organisation.

Depuis quelques jours, je revois la même scène que la covid, des collègues artistes qui se serrent les coudes pour lutter contre ce fléau. Et des subventions vont encore se dégager pour subventionner les tee-shirt, les casquettes, les concerts et même le transport. Depuis quelques jours également des sites internet en profitent pour tendre leur micro à des sinistrés pour gagner en visibilité. Et comme toujours, on profite du malheur des gens pour se faire des tunes. Nous ne connaissons plus la notion du bien. Il n y a plus d’un côté le bien et d’un autre le mal: il y a uniquement ce que nous voulons. Et la manière pour nous de l’obtenir est la même que les hyènes dans la forêt face à une antilope gisant dans son sang.

Les hyènes n’entendent pas son cri, ne comprennent pas ses larmes. Elles n’ont qu’une seule chose dans leur crâne de bête  » de la chaire fraîche, ma part ». Ces pauvres, ces frères d’une autre mère dits émigrés clandestins dans cette histoire deviennent tout simplement des figurants et nous, oupss VOUS, des porteurs de projets Des projets qui se limitent à une musique, une conférence de sensibilisation, un discours de politiciens. Les émigrés eux n’ont qu’un seul projet valable pour eux, pour leur famille: RÉUSSIR DANS LA VIE. Et cette réussite ce ne sont pas avec des mots, des conférences, des discours qu’ils vont l’obtenir mais avec des gestes, des actions. Lol.

Vous croyez que nous allons faire de la musique, des conférences et par magie ils vont arrêter de tenter la mer. Dans nos rêves. Oups dans vos rêves. Beaucoup tentent hypocritement de sensibiliser ces pauvres gens, de pleurer dans leur bras et l’Etat subventionne. Cela ne servira à rien. Ils ont besoin de cet argent que vous encaissez pour payer leur loyer, aider leur tendre mère. Nous ne nous rendons pas compte de leur douleur, car ce ne sont que des images autour de nous, des sources d’inspiration pour présenter un projet inédit, des techniques politiciennes pour parler du Président de la République. Les notions que nous possédons ne sont pas leurs notions à eux. Ce n’est pas la même réalité. L’autre jour sur YouTube, j’ai visionné des vidéos dans lesquelles un animateur interviewvait des rescapés. Ceux-ci semblaient être fiers, ça se lisait dans leur yeux, de tenir un micro, d’être devant une caméra, alors qu’ils venaient d’échapper à une mort certaine. Penchons nous sur ce qui a mené à cette histoire. Il y a des raisons à tout. Mais parfois l’impact est tellement dangereux que personne ne risquera son intérêt pour chercher les vraies raisons. Car quoi que l’on puisse dire ce sont ceux qui subventionnent les projets de sensibilisation (concerts, conférences, ateliers) qui sont derrière.

 Ibrahima Ibson Faye

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