C’est une ligne comptable qui n’était pas apparue en positif depuis 2011. En 2025, les huit États qui partagent le franc CFA d’Afrique de l’Ouest ont dégagé un excédent de leurs échanges de marchandises de 6 318,2 milliards de francs CFA, soit 9,6 milliards d’euros, indique le rapport annuel de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), présenté le 22 juillet à Dakar. L’année précédente, le solde était encore négatif, de 171 milliards.
L’affaire n’est pas seulement statistique. Le franc CFA est arrimé à l’euro selon une parité fixe, qui ne varie pas au gré de l’offre et de la demande. Pour tenir cet ancrage, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui réunit le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, doit disposer de devises. Or ces devises viennent d’abord des exportations. Un solde commercial excédentaire desserre donc mécaniquement l’étau qui pèse sur des budgets nationaux déjà contraints, dont plusieurs sont placés sous un programme du Fonds monétaire international.
Trois produits, une performance
Les exportations ont progressé de 38,6 % en un an, à 33 177,7 milliards de francs CFA, quand les importations n’augmentaient que de 11,4 %. Derrière cette envolée, trois marchandises. L’or, d’abord, dont les ventes atteignent 12 050,8 milliards, en hausse de près de moitié. Le cacao ensuite, à 7 031,2 milliards, en progression de 59 %. Le pétrole enfin, dont les exportations ont plus que doublé pour atteindre 4 406,3 milliards. À eux trois, ces produits représentent désormais 71 % de ce que l’Union vend au reste du monde. Le coton, longtemps produit d’exportation emblématique de la zone sahélienne, recule de 16 %.
La Banque centrale attribue l’essentiel du mouvement non pas aux prix, mais aux volumes. Les unités gazières et pétrolières sénégalaises sont entrées en production, tandis que la Côte d’Ivoire et le Niger accroissaient leurs capacités. La production de brut de l’Union est ainsi passée de 192 942 à 233 870 barils par jour. L’indice des principaux produits exportés, que la BCEAO calcule elle-même, ne progresse pour sa part que de 13 %, après une envolée de 43,9 % en 2024. Les cours ont aidé, notamment ceux du cacao, en hausse de 64,8 % une fois convertis en francs CFA. Mais le gain tient d’abord à ce que l’Union a extrait du sol.
Les capitaux étrangers refluent
L’embellie comporte quelques réserves. Le déficit des services reste massif, à 7 512,8 milliards de francs CFA, si bien que les comptes extérieurs de l’Union demeurent globalement déficitaires. Surtout, les capitaux étrangers refluent. Les investissements directs venus de l’extérieur reculent de 1 947,3 milliards, et les prêts extérieurs effectivement décaissés au profit des États, une fois déduits les remboursements de l’année, de 1 024,2 milliards. L’excédent commercial vient donc combler un tarissement du financement, davantage qu’il ne s’y ajoute.
« Dans les États membres de l’UEMOA, l’activité économique est demeurée vigoureuse », s’est félicité le gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, à Dakar. L’institution insiste sur la reconstitution de ses avoirs en devises, qui ont progressé de plus de 8 400 milliards de francs CFA sur l’année. Elle en attribue une part à une réglementation entrée en vigueur fin 2024, qui a resserré l’obligation faite aux exportateurs de rapatrier leurs recettes.
L’année 2026 a déjà rebattu les cartes
Au cours des premiers mois de 2026, la tendance a déjà évolué. L’or, qui pesait à lui seul plus du tiers des exportations de l’Union, a nettement corrigé depuis son sommet et évolue autour de 4 000 dollars l’once. Dans le même temps, le conflit ouvert au Moyen-Orient depuis la fin février a fait flamber les cours du brut, ce qui alourdit la facture d’une zone qui, malgré ses nouveaux gisements, reste importatrice nette d’hydrocarbures.
La BCEAO en a tiré les conséquences. Après avoir abaissé son principal taux directeur à 3 % le 4 mars, elle a choisi l’attentisme le 10 juin, désignant les tensions au Moyen-Orient comme son principal facteur de risque, et ramenant sa prévision de croissance pour 2026 de 6,4 % à 6,1 %. Elle relève néanmoins que la position extérieure de l’Union a continué de se renforcer au premier trimestre. Sa prochaine réunion, en septembre, dira si l’acquis de 2025 aura tenu une année entière.
Fiacre E. Kakpo