« Réservé aux étrangers », « préférence expatriés » : ces mentions discriminatoires se multiplient dans les annonces immobilières à Dakar. Face à la grogne des locataires sénégalais, l’État est appelé à sévir.
Au Sénégal, et particulièrement à Dakar, de nombreuses annonces de location mentionnent ouvertement « réservé aux étrangers », « préférence expatriés », excluent de fait les nationaux. Ces pratiques répétées suscitent une vive désapprobation chez les locataires sénégalais et des appels de plus en plus pressants à une intervention ferme de l’État.
Les propriétaires et agences justifient souvent cette préférence par la solvabilité supérieure des locataires étrangers : paiement en devises, moindre risque d’impayés et rotation plus prévisible. Cette demande expatriée a d’ailleurs contribué à faire monter les loyers dans les quartiers prisés. De nombreux Sénégalais y voient cependant un filtre discriminatoire qui restreint leur accès à un parc locatif de qualité.
Documentés depuis plusieurs années, ces refus persistent sur les plateformes en ligne et via les agences. Des locataires nationaux, pourtant solvables, se heurtent à des portes closes, alimentant un sentiment d’injustice sur un marché déjà marqué par la cherté des loyers. Avocats et acteurs associatifs somment désormais l’État de garantir l’égalité d’accès au logement.
AUCUN TEXTE NE PRÉVOIT DES SANCTIONS PÉNALES AUTOMATIQUES POUR LES ANNONCES DISCRIMINATOIRES
Les baux d’habitation sont régis par le Code des Obligations Civiles et Commerciales (COCC), complété par le décret de 2023 sur l’encadrement des loyers. Si le bailleur jouit d’une liberté dans le choix de son locataire, les principes constitutionnels de non-discrimination et d’égalité interdisent les traitements arbitraires fondés sur la nationalité. Cependant, aucune disposition spécifique et contraignante n’encadre explicitement les annonces discriminatoires, ni ne prévoit de sanctions pénales automatiques dans le cadre privé. Me Mouhamadou Bassirou Baldé, en août 2025 sur la RTS, rappelait que ces pratiques posent problème au regard de l’équité et peuvent être contestées. Les recours restent essentiellement civils (tribunaux ou médiation), ce que beaucoup jugent insuffisant.
DES BAILLEURS SÉNÉGALAIS CONTRE DES LOCATAIRES SÉNÉGALAIS
Face à ces tensions, les locataires exigent une clarification législative claire interdisant la discrimination fondée sur la nationalité, un contrôle renforcé des agences et des sanctions en cas de pratiques systématiques. Car au-delà des discours, c’est souvent une logique purement économique qui prévaut : des bailleurs sénégalais privilégiant des locataires étrangers jugés plus rentables. Une régulation plus ferme permettrait de concilier la sécurité des revenus des propriétaires avec le droit à un accès équitable au logement pour tous. Des mesures comme la promotion d’une offre locative abordable, la transparence des annonces et un dialogue entre toutes les parties pourraient apaiser le marché sans freiner son dynamisme.
Mohamed Ndjim (Tribune)
